Texte critique de Xavier Bourgine
Avec ses constructures, Sara Noun crée des constructions qui déjouent l’assignation et la rigidité des structures des espaces quotidiens. Elle y ménage des ouvertures, des circulations et des claires-voies, qui laissent entrevoir, sans pour autant la fixer, son identité et celle des autres.
La photographie d’une devanture fermée, au Maroc, dédoublée par un effet de miroir, ouvre un espace imaginaire, qui dépasse la nostalgie liée à l’urbanisation massive. Des étagères en métal, retournées à la verticale, révèlent la photo de sa grand-mère, par fragments . Comme à travers les lamelles du store réalisé au pochoir, à même le mur, ou comme à travers le moucharabieh, qui permet la séparation et la cohabitation, nous sommes à la fois dedans et dehors, regardeurs ou regardés.
Dans son installation Passages, une autre photographie de sa mère, visage occulté, fait écho, au sol, à une structure de seuil constituée de deux modules en métal supportant une barre de bois divergente. Il faut accepter les déséquilibres et les chutes, risques légitimes des franchissements. Le même principe de disjonction guide, dans une verticalité blanche cette fois, la composition des trois sculptures centrales de l’installation. Ces formes, mi-corps mi-structures, mi-barrières mi-passages, créent un souffle, de l’autre à soi puisqu’en arabe, « نفس », signifie les deux. Une édition livre en quelques Pensées minimales la clé de ces parallèles qui convergent par-delà les langues.
Sara Noun se garde cependant de prononcer un mot trop définitif. Une dernière œuvre, modèle réduit d’une façade à deux fenêtres, l’une vide, l’autre occultée par une phrase, « Hiding the definition », rejoint à sa manière l’opacité de Glissant, cette façon de ne pas définir trop précisément ce que serait l’identité pour la laisser ouverte, à l’autre et à la rêverie, mais aussi Perec, qui se donnait pour ambition, dans Espèces d’espaces, non de ré-inventer l’espace, mais plutôt d’interroger l’opacité du quotidien.